Le phénomène Vivian Maier

Vivian Maier.  Vous la connaissez.  Si, si.  Je suis convaincu que vous en avez entendu parler.  En cette ère de médias sociaux, son histoire est en plein le genre d’histoires dont on raffole. Vivian Maier était une gouvernante qui passait la majorité de ses temps libres à faire des photos.  Non pas quelques photos mais des milliers et des milliers de photos.  100 000 au dernier décompte.  Une gouvernante dont on découvre l’immense talent et l’oeuvre après son décès.  Je vous avais prévenu: voilà une histoire qui convient parfaitement au terroir des émotions dans les médias sociaux.  Mais au-delà du phénomène social, que nous enseigne Vivian Maier?  Beaucoup.  

Bon début de semaine à vous.  Merci d’être à nouveau à notre rendez-vous hebdomadaire. Oublions la technique pour un moment, oublions les fonctions, les mégapixels, concentrons-nous plutôt sur les objectifs.  Pas ceux qui nous viennent à notre esprit photo, les 18-50mm, 24-70mm ou 70-200mm, mais plutôt les objectifs que nous poursuivons avec nos photos.  Parce que l’histoire de la gouvernante, le mystère Vivian Maier, réside précisément là: quel objectif poursuivait-elle en prenant ces milliers de photo?

L’histoire de Vivian Maier est dense et complexe.  Le but n’est pas de vous en faire un résumé dans cet article.  Deux documentaires portent sur Vivian Maier dont l’un vient de prendre l’affiche à Montréal.  Mon article ne vise pas non plus à ergoter sur la place qu’elle occupera ou non dans l’histoire de la photographie. Mais pour les fins de notre discussion, signalons qu’on a découvert – par un heureux hasard – plus de 100 000 négatifs de Vivian Maier de même que 2000 rouleaux de films non-développés. La vaste majorité des photos de Maier relève de la photo de rue et témoigne d’une extraordinaire habileté et sensibilité chez la photographe pour capter des situations riches d’émotions.  Elle avait un sens formidable pour interagir avec les personnes et les capter avec naturel.  Et elle avait un oeil vif également.

Photo: LaPresse

J’étais loin de me douter, en lisant une entrevue avec le réalisateur québécois Denis Arcand avant le visionnement du documentaire sur Vivian Maier, qu’un passage conviendrait si bien au sujet de la photographe que j’allais découvrir. En réponse à la question «Que demandez-vous à un film?» le réalisateur répondait: «Je veux entendre la voix d’un homme qui me parle à travers un film.  Ce peut être une histoire drôle comme souvent dans les films de Woody Allen ou une histoire dramatique de divorce comme chez Ingmar Bergman. Mais il y a un individu qui me parle à moi, un seul.» (Magazine Cinéma Beaubien, par Serge Pallascio, p. 7)

«Y’a un individu qui me parle à moi, un seul.»  Voilà ce qui mes semble qu’on recherche d’une bonne photo. Je veux qu’elle soit l’expression de la vision d’une personne et qu’elle vienne nous toucher en raison de la sensibilité qu’elle partage.  Lorsqu’on prends connaissance de l’oeuvre de Vivian Maier, on y découvre sa vision, son oeil, sa sensibilité. Elle voulait nous présenter sa vision du monde, son monde, le monde avec lequel elle avait des affinités.  La rue a été son terrain photographique. Elle y était souvent: la rue des riches, la rue des pauvres, les quartiers délabrés, les plus modestes, les plus cossus. Elle a beaucoup photographié Chicago mais également en France (Alsace) où sa famille était originaire.

Quel objectif visait-elle?  Quelles étaient ses intentions?  Le mystère Maier est là en fait car malgré ces milliers photos, elle a à peine cherché à les faire connaître.  Presque pas en fait. Seule une toute petite lettre griffonnée à la main témoigne qu’elle aurait souhaité que quelques-unes de ses photos paysage d’Alsace puissent être commercialisées comme cartes postales. Modeste comme volonté, vous ne trouvez pas?  Elle était si discrète, si réservée, si recluse même que ses photos sont peut-être autant de conversations qu’elle n’a jamais eues avec ses contemporains.

100 000 photos.  Sans doute 150 000 une fois que les films auront été développés.  Ces photos racontent une histoire, des personnes et des époques de façon éloquente.  Ces photos – et Vivian Maier – valent qu’on s’y intéresse, qu’on les découvre.

Que nous enseigne Vivian Maier?

Après avoir vu le documentaire à son sujet, après avoir parcouru ses photos les plus marquantes, plusieurs éléments retiennent mon attention.

Le premier est certes son sens hors du commun de l’observation.  Elle avait un oeil photo vif, elle savait anticiper, voir venir.  Elle savait repérer des détails et capter ceux-ci. Ses photos me font la démonstration que de bonnes situations photo surgissent constamment. Tout est un potentiel pour une bonne photo de rue.  Et souvent chez Maier, elle a su capter de fins détails qui expriment beaucoup sans dévoiler l’ensemble. Notre esprit raconte l’histoire évoquée par la photo.  C’est beaucoup plus puissant.

Vivian Maier nous enseigne que faire des bonnes photos est possible avec des moyens parfois restreints. Sa première caméra était un modeste Kodak Brownie avec une seule vitesse d’obturation, aucune ouverture et aucune commande pour la mise au point. À compter de 1952, elle a fait l’achat de différents modèles de caméras Rolleiflex. Au cours de son cheminement photo, elle a utilisé une Rolleiflex 3.5T, Rolleiflex 3.5F, Rolleiflex 2.8C, Rolleiflex Automat. Elle a également utilisé une caméra Leica IIIc usagée, une Ihagee Exakta, un  Zeiss Contarex.

L’utilisation d’un Rolleiflex provoque souvent une perspective de légère contre-plongée à une photo puisque l’appareil est localisé à la taille du photographe.  Voilà qui donne un effet intéressant aux photos avec des personnages. Ceux-ci sont souvent un peu magnifiés, un peu plus grand que nature. En plus, dans plusieurs photos, il est manifeste que les personnages savent qu’ils sont captés en photo.  Toutefois, rien dans leur expression ne trahit une réserve, une gêne, une protestation.  Était-ce parce que Vivian Maier ne semblait pas menaçante? Ou est-ce en raison – comme j’ai pu le lire – qu’un appareil photo à la taille est moins intimidant qu’un boîtier qu’on porte devant nos yeux ou encore un appareil photo tenu à bout de bras. Qu’en sais-je.  Mais nul doute que l’attitude dégagée par la photographe a été gage de succès et mettait les personnes à l’aise devant l’objectif. Voilà un enseignement majeur.

Et vous?  Êtes-vous un (e) Vivian Maier?  Quelle vision poursuivez-vous?  Pourquoi prenez-vous des photos?  Vous avez certainement une belle sensibilité.  Et sûrement une vision qui vous est propre.  Mettez-vous celles-ci à profit dans la prise de vos photos? Dans le traitement numérique de vos photos?  Commencez-vous à avoir une signature visuelle et un style dans vos photos qui vous identifient?  Et vos photos sont-elles vues?

Vous avez vu l’un ou l’autre des documentaires sur Vivian Maier?  Que pensez-vous de ses photos?  N’hésitez pas à commenter.  Vos mots sont importants.  Merci de partager.  

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6 réponses à Le phénomène Vivian Maier

  1. Sylvain Lavoie dit :

    Rolleiflex … Ça me rappelle cette caméra de notre père, lorsque nous étions enfants … Ce boîte bizarre au toit ouvrant d’où on pouvait voir, en se penchant au -dessus, des images en noir et blanc. Magie! Et tous ces engrenages autour des "lentilles" … Quelle machine fascinante, surtout lorsque Papa y installait une ampoule qui faisait "POUF!" quand il déclenchait. Les moyens ont changé, mais la magie sera toujours!

  2. Dominique-André dit :

    Bonjour Monsieur Louis :-)
    Je ne connaissais pas du tout Vivian Maier et vous remercie de nous communiquer cette véritable artiste ! J’aime beaucoup les photos que vous avez publié sur votre blog et ne manquerai pas de faire des recherches pour en savoir plus. Vous avez suscité ma curiosité, merci ! … J’aime beaucoup son style en tous cas. Je vous suis désormais également sur Facebook … Belle semaine pour vous :-)

  3. Sandrine dit :

    Merci pour cette très belle découverte. Je ne connaissais pas Vivian Maier. Ses photos sont effectivement très touchantes et parfois drôles. J’aime beaucoup.

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