La vue de l’esprit

Il y a d’abord un esprit qui m’est apparu dans ma caméra.  Par inadvertance.  Par accident.  Par une journée si froide, avec l’humidité qui nous transit dans le Vieux-Montréal.  J’ai déclenché. Ma durée d’exposition était longue.  Trop pour ce que je recherchais à ce moment-là.  Surprise!  Le résultat m’a renversé.  Un esprit m’est apparu.  Puis, j’en ai capté un autre…puis un autre.  Et j’en veux encore davantage.  

Bon début d’année à vous tous.  J’espère que vous avez profité du temps des Fêtes pour réaliser des photos à votre goût.  Vous avez peut-être amorcé un projet photo.  Je serais bien curieux de connaître vos résolutions photo pour la prochaine année.  N’hésitez pas à nous en faire part.  Je sais qu’il y a plusieurs années, j’avais produit une liste de résolutions photo.  Je suis content d’y avoir donné suite.  C’était en 2011 et à l’époque le blogue atteignait 5 000 visiteurs.  😉  Mais je constate aussi à la relecture de celles-ci que deux résolutions plus particulièrement m’habitent toujours: premièrement sortir, sortir pour aller faire de la photo, sortir pour aller découvrir et deuxièmement, toujours avoir un appareil photo avec soi.

La semaine dernière, malgré le froid costaud qui était des nôtres à Montréal et au Québec (pas de chutes de neige = froid), j’ai choisi d’aller faire de la photo de rue avec un objectif que je n’avais pas exploité depuis un bout de temps, soit le superbe «pancake» 40mm de Canon (F2.8).  Alors qu’on vante beaucoup (et à juste titre) les mérites du Fuji X100 (dans toutes ses versions), je voulais expérimenter la sensation d’un objectif fixe presque équivalent au Fuji (40mm vs 35mm pour le X100) pour la photo de rue.  En prime, le 40mm «pancake» n’est pas intimidant.  Il passe incognito greffé à mon 5D.

J’ai fait de la photo ça et là dans le Vieux-Montréal jusqu’à je décide d’expérimenter avec mon équipement.  Compte tenu de sa légèreté, j’ai choisi de le laisser pendre à ma poitrine. Compte-tenu que le 40mm sur le 5D, sans être un grand angle, permet quand même de capter généreusement, je pouvais cadrer au jugé.  Lorsque j’ai vu la scène ci-dessous, j’ai choisi d’appuyer sur le déclencheur sans porter le viseur à mon oeil.  J’ai entendu le jeu des miroirs pendant une période plutôt longue (1/6 de seconde).  Ouille!  Trop long me suis-je dit.  Mon appareil était réglé avec une ouverture de F14 en raison de la photo précédente. J’avais une petite déception car je croyais honnêtement que ma photo allait être ratée.  Ce que j’ai vu sur mon écran arrière m’a renversé.

Ouf!  Moi qui affectionne l’évocation plutôt la réalité, le flou au piqué, le mouvement, l’impressionnisme, voilà que j’étais (très) bien servi.   Moi qui aime tenter de représenter l’univers parallèle, les présences, voilà que tout à coup – par accident – un rideau venait de se lever sur une scène de théâtre parallèle.

Vous devinez le reste.  Dans les jours qui ont suivi, j’ai suis parti à la chasse à ces «présences», à ces flous et à ces silhouettes.  Comme si la météo voulait m’aider dans ma démarche, le froid a persisté ce qui fait que les passants marchaient rapidement, repliés sur eux-mêmes pour se protéger de la morsure des vents.  J’ai continué à capter des situations, la caméra sur la poitrine, l’index (gelé!) sur le déclencheur, privilégiant certains lieux ou certaines vitrines qui feraient mieux ressortir les silhouettes.






Voilà quelques-unes des réalisations que j’ai récoltées au cours de la semaine dernière, tantôt avec mon couple 5D – 40mm, tantôt avec mon fidèle Canon G15.  Les couleurs du temps des Fêtes sont un bel ajout au décor urbain. Comme vous pouvez le constater, j’ai toujours privilégié une durée d’exposition plutôt longue.  Les fichiers ont été traités dans Lightroom uniquement pour renforcer le contraste, récupérer des blancs brûlés à l’occasion et faire des ajustements à la balance de blanc. Voilà qui démontre encore une fois les photos créatives que nous sommes en mesure de produire directement avec la caméra plutôt qu’à l’aide de logiciels.  J’ai créé sur mon site Smugmug une galerie intitulée «Spirits» (Esprits) à l’intérieur de laquelle j’ai greffée d’autres photos aussi évocatrices que j’avais réalisées antérieurement.  J’espère que la visite de cette galerie vous plaira sans trop vous déconcerter. 🙂

Sortez!  Captez!

Voilà quelques années, une copine m’avait invité à photographier une rencontre de passionnés de tango dans un parc aux abords du Fleuve St-Laurent.  Je ne savais à quoi m’attendre mais j’ai été très touché par ce que j’ai observé.

Le tango est un monde merveilleux en soi. C’est fascinant de voir les couples se former et commencer à danser, si unis, tellement en symbiose, tellement à l’écoute l’un de l’autre. Néophyte que je suis, j’étais persuadé – alors que j’examinais le tout dans mon viseur optique et que je déclenchais, que les danseurs étaient des couples ou des amants tellement la communication des corps était complète.  Or, ma copine m’assura qu’il n’en n’était rien.  Souvent, les danseurs se connaissent à peine et la magie du tango consiste à mener et accepter de se laisser mener, écouter le corps de l’autre.  Parmi les danseurs, cet homme et sa partenaire ont retenu beaucoup mon attention.    Leur communion était complète, la grâce était au rendez-vous, l’élégance aussi.

L’homme qui avait une belle sensibilité et beaucoup d’entregent s’est tourné vers une jeune fille accompagnée de sa mère qui faisait discrètement quelques pas de danse à l’écart des danseurs.  Dans le temps de le dire, il lui montrait le tango.

J’ai partagé ces photos il y a quelques années dans mes espaces sur les médias sociaux. Elles avaient retenu l’attention évidemment de la communauté des danseurs de tango dans la région de Montréal.  Voilà qu’il y a quelques jours, j’ai constaté que ces photos retenaient à nouveau l’attention de façon importante.  Je trouvais la chose heureuse mais sans nécessairement chercher à en savoir davantage.  Un courriel de la part de ma copine m’a informé du décès subit de ce danseur très apprécié dans la communauté du tango et que mes photos permettaient aux uns et aux autres de faire connaître la triste nouvelle et de se remémorer le défunt.

Deux éléments se sont imposés à mon esprit et dans mon intérieur lorsque j’ai appris la nouvelle.  De un, l’importance maintes fois répétée de vivre nos passions maintenant, à fond la caisse.  La musique de tango va se terminer à un moment donné et il serait intéressant qu’on puisse être convaincu d’avoir dansé autant que nous le souhaitions.

De deux, le récit me ramène à l’importance de prendre des photos.  De bonnes photos. Des photos de moments qui nous émeuvent, qui retiennent notre attention.  Ça peut être des rencontres de famille, des retrouvailles, des moments de vie, des enfants qui grandissent année après année.  Les photos qu’on capte, c’est aussi non seulement les souvenirs mais surtout la mémoire qu’on constitue.

Il y a quelques années, j’ai photographié un couple de danseurs très unis dont l’homme faisait preuve de beaucoup de générosité et d’écoute.  J’étais loin de me douter que les photos d’alors auraient l’importance qu’elles ont prises pour quelques-uns au cours des derniers jours.  On n’a pas d’idée de l’impact et la portée que peuvent prendre nos photos. J’étais loin de me douter que le danseur aujourd’hui fait peut-être dorénavant parti des «présences» que j’ai captées ci-haut.

Il faut sortir.  Capter.  Et vivre passionnément nos moments photos.  C’est ce que je vous souhaite, entre autres, en 2015. 🙂

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11 commentaires pour La vue de l’esprit

  1. Superbes photos. Les deux dernières sont particulièrement touchantes. Merci.

  2. vbonnefond dit :

    Un article une nouvelle fois empreint d’humanité, de délicatesse et d’une vision artistique de la photographie. Un article comme je les aime 🙂
    Une très belle année à toi, Louis…

  3. MAO dit :

    Bonne année à toi ! Pas facile le « motion » ! J’aime bien ce que t’as réussi à faire avec la 5e, surtout au niveau des jambes.

  4. scotch dit :

    Article très intéressant, pour un photographe qui ne photographie pas « comme tout le monde. Très touchante fin de cet article, avec ce monsieur Tango. Merveilleuse histoire.

  5. Guy Mayer dit :

    J’aime ta facon de décrire le phénomène de l’esprit qui envahit ton inconscient quand tu tires une photo cher Louis
    Je te souhaites une merveilleuse année 2015 remplie de santé et de joie

    Guy

  6. Sylvain Lavoie dit :

    Belles émotions et chaleur humaine en ce lundi très froit de janvier au Canada. Et que dire des résultats surréalistes qui sont le fruit de ce qui semblait une erreur technique au départ … Intéressant et surprenant!

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