La simplicité volontaire pour faire de la belle photo

Qu’avons-nous besoin pour faire une belle (et bonne) photo?  La réponse est évidente: un appareil photo.  Autre chose?  Non. Que dis-je, si!  J’oubliais l’essentiel.  Votre oeil photo, vos connaissances et votre coeur.  Vos émotions.  Rien de plus?  Pas vraiment.  Difficile d’y croire? Et pourtant, plus vous vous limiterez au chapitre du matériel photo, plus grandes seront vos aptitudes à tirer profit de votre équipement et de votre créativité.  Faire de la belle photo peut être tout simple.  Difficile à croire au moment les nouveautés photo et leurs promesses battent leur plein.

Moins, c’est mieux…

«Photographier (…), c’est mettre sur la même ligne de mire la tête, l’oeil et le coeur.» Vous connaissez certainement cette affirmation d’Henri Cartier‐Bresson.  Cette dernière est toujours mon 2e élément d’introduction auprès de mes nouveaux étudiants après leur avoir indiqué je souhaitais être pour eux un «allumeur de réverbères».  Mettre sur la même ligne de mire les connaissances acquises dans le domaine de la photo et des arts visuels, l’oeil pour repérer et analyser et finalement le coeur pour sa sensibilité et l’éveil qu’il provoque chez nous pour certaines situations qu’on captera – ou non – dans une photo.

C’est trop simple.  Je n’ai pas étudié l’ensemble de l’oeuvre de Cartier-Bresson mais j’ai du plaisir à apprécier plusieurs de ses photos.  Celles-ci, souvent saisies sur le vif (moment décisif),  n’étaient pas être le fruit d’un lourd assemblage de matériel photo.  Ça semble tout simple, facile et pourtant tellement riches en détail.

Vous connaissez le SAAEP (Syndrome aigu d’achat d’équipements photos)?  En êtes-vous atteint?  Je l’ai déjà été.  On reconnaît ceux qui souffrent du SAAEP à la pesanteur de leur sac photo. Attention, je ne parle pas ici des professionnels qui doivent exécuter des contrats.  Je fais référence à des personnes qui font de la photographe pour leur plaisir et qui sont persuadés qu’ils doivent transporter tout leur équipement photo pour parer à toutes éventualités.  Pour faire de la photo de rue, ils hésitent entre leur lentille zoom 18-250mm,  leur 35mm fixe ou encore le classique 18-55mm.  Et s’ils avaient la nouvelle 40mm pancake, ce serait tellement mieux…se disent-ils.

L’inconvénient avec le SAAEP – outre son impact sur notre portefeuille – est le fait qu’on a tellement d’équipement qu’on parvient plus difficilement à bien connaître ce dernier.  Comment réagit notre boîtier dans certaines situations?  Quelles sont ses limites et quelles sont les situations où il performe le mieux?  Ai-je manipulé mon boîtier suffisamment souvent pour parvenir – comme dans la photo ci-haut – à manipuler les commandes dans l’obscurité pour me permettre cette photo (HDR) avant le lever du jour?  Lorsque je décide de recourir à mes flashs, puis-je facilement m’y retrouver dans toutes les fonctions surtout si l’un doit jouer le rôle de maître et l’autre «d’esclave»?  Tout cet équipement exige qu’on le manipule beaucoup et souvent pour bien le connaître et en tirer le meilleur profit.  Est-ce votre cas?

Privilégier la connaissance à l’abondance…

© Denise Sarazin, milagrophotography.com

J’adore cette photo de Denise Sarazin.  Moment décisif superbement capté.  Agilité de réaction.  Superbe texture dans le traitement photo.  Quel équipement a-t-elle utilisé?  Un appareil G12 bien simple.  «Je suis arrivé à Barcelone après avoir fait Compostelle» me racontait Denise dans un entretien .  «Puisque je marchais pendant des journées entières pendant mon expédition, j’avais fait le choix de ne pas amener mon boîtier plein capteur et quelques lentilles.  Trop lourd dans le sac à dos.  J’ai choisi de vivre l’aventure simplement avec ma G12.  Habituée que j’étais de travailler avec un boîtier plein capteur, je ne peux pas dire que j’ai vécu un coup de foudre avec mon appareil compact.  Mais à l’utiliser constamment et quotidiennement, dans toutes sortes de condition pendant mon voyage, j’ai appris à le connaître à fond, à savoir comment il réagissait.  J’ai appris à en tirer profit et au bout du compte, j’ai produit des photos dont je suis fière.  Certaines se sont même méritées des considérations commerciales. »

«S’il y a un investissement dans lequel je crois particulièrement est celui dans le traitement numérique.  J’investis passablement de temps et certains montants d’argent pour être bien équipé pour ma chambre noire numérique, mes outils et mes connaissances dans ce domaine.  Ma palette d’outils consiste en Lightroom, Aperture, Photoshop et plusieurs progiciels dont ceux de Nik’s Software, OnOne Software et Imagenenomic.  Pour moi, le traitement numérique est tout aussi important que la prise photo.  La démarche est créative.»

© Denise Sarazin, milagrophotography.com

Ces photos sont superbes.  Avez-nous besoin du dernier modèle ou du dernier équipement pour réussir de telles photos?  Non.  Avons-nous besoin de bien connaître notre équipement, quel qu’il soit?  Oui.  Oui, pour en tirer le meilleur parti.  Oui pour manipuler son équipement régulièrement. Dans toutes sortes de situations. Privilégier la connaissance à l’abondance.

On reconnaît aussi les éclopés du SAAEP à leur conviction que pour réaliser un beau portrait par exemple, on doit forcément avoir deux (trois!) flashs studio ou portatifs, deux softboxes dont un octogonal, un grid au cas où, un «beauty dish», les Pocket Wizards pour déclencher les flashs, une série de gels et un posemètre.  J’oubliais le boîtier, idéalement plein capteur, en rêvant d’un éventuel moyen format.  Sans compter le trépied, carbone oblige.  Décidément, le SAAEP peut causer notre ruine. 😦

© Denise Sarazin, milagrophotography.com

© Denise Sarazin, milagrophotography.com

Pourtant dans les deux exemples ci-dessus comme dans plusieurs autres portraits, Denise Sarazin privilégie la simplicité.  «Rien de compliqué.  Un boîtier, une lentille, un réflecteur et privilégier la meilleure lumière de la journée.»  Même si la portraitiste possède un large éventail d’équipements, ses choix pour la photo sur les lieux favorisent une approche minimaliste.  «Il est vrai que j’amène dans ma voiture différents équipements dans l’éventualité où….».  Toutefois, je m’aperçois plus souvent qu’autrement que je n’ai pas besoin de tout cet équipement.  Il est plus créatif et intéressant d’improviser à partir de la situation que de tenter de compenser et de maintenir le cap avec l’idée originale en ayant recours à de l’équipement additionnel. Cet équipement additionnel m’amène à perdre le côté naturel que j’aime beaucoup produire dans mes photos sur les lieux.» Les photos de Denise illustrent bien l’adage photo qui veut qu’il est préférable de privilégier la lumière naturelle avant de recourir à un réflecteur, de recourir à un réflecteur (vidéo) plutôt que de miser sur les flashs, et de miser sur les flashs si nous n’avons pas le choix.

© Denise Sarazin, milagrophotography.com

Au moment où vous avez acheté votre équipement photo, vous l’avez probablement fait avec la conviction que ce dernier était un bon choix.  Il vous offrait des caractéristiques recherchées.  Vous étiez convaincu qu’il vous permettrait de faire de bonnes photos.  Il peut certainement toujours le faire.  Privilégions la connaissance à l’abondance.  Misons sur la familiarité avec notre équipement plutôt que la multiplicité.  Au bout du compte, pas vrai qu’il vaut mieux faire plutôt qu’en avoir plus?

Du bonbon

Merci à Paule pour avoir partagé ce vidéo.  C’est un vidéo que j’ai eu beaucoup de plaisir à visionner – d’une part pour son sujet inusité et disons-le surréaliste – mais d’abord et avant tout en raison de l’extraordinaire composition des plans.  On dirait vraiment un vidéo réalisé par un photographe, avec un oeil de photographe.  Vous voyez voir une belle illustration des règles de composition en photo?  N’allez pas plus loin et visionner ce vidéo en analysant chacune des séquences.  Un exercice pédagogique très enrichissant.

J’espère que cet article vous a plu.  N’hésitez pas à partager celui-ci avec d’autres personnes intéressées via Twitter, Facebook, par courriel ou tout autre média social de votre choix.  Vous pouvez également vous inscrire à ce blogue afin de recevoir un avis sur nos nouvelles parutions.  Ne manquez plus un article si vous le souhaitez.  Merci de votre intérêt pour faire de la belle photo. 

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2 commentaires pour La simplicité volontaire pour faire de la belle photo

  1. Dominique-André dit :

    Bien qu’étant novice, ce que je constate est que pour faire de la belle photo, il faut sinon un don inné, mais au minimum, en tous cas, perfectionner son don artistique que tous avons à des degrés différents au maximum par l’exercice de l’oeil, du regard sur la « matière » que l’on souhaite travailler.

    Un vannier aura besoin de tel type de matériel, un potier, un autre et en photographie, cela dépendra beaucoup du type de photos que l’on souhaite réaliser. Si l’on est attiré par le strobist, ce ne sera pas le même investissement financier et personnel que pour faire de la photo de rue… isn’t?

    Vous faites bien de mettre en garde le lecteur sur l’aspect financier dans la photo car il est vrai que l’on peut y laisser rapidement sa culotte comme l’on dit ici… et il vaut mieux ne pas être un compulsif obsessionnel sinon bonjour le compte en banque …

    Je crois aussi que tous les débutants passent par ce stade de dépenses qui sont parfois, souvent inutiles ou excessives … C’est même humain je crois … La pression marketing TV, surtout en cette période de Fêtes est très fortes sur les débutants puis après il y a la pression du vendeur quand ce n’est pas une superbe vendeuse super sympa 🙂

    Je reconnais avoir du faire de très effort sur moi pour ne pas tomber dans tous ces pièges que nous tendent les marques et leurs revendeurs …

    Merci Monsieur Louis, encore une fois, vous avez tapé juste avec cet article… Moi qui veut m’acheter un bon flash SB910 … je vais encore réfléchir grâce à vous.. 🙂

  2. Sylvain Lavoie dit :

    Lorsqu’il est question de magasiner pour du nouvel équipement, je suggère également l’approche de la simplicité, mais elle est souvent « involontaire »: Je dois me contenter d’acheter ce qu’il y a de mieux malgré mon « petit » budget. Ou mieux encore, d’attendre d’avoir assez d’argent pour acheter ce qui est vraiment meilleur, en sachant que cet équipement me servira pendant plusieurs années. Quand on est relativement « pauvre », on ne peut pas gaspiller, alors on achète des choses durables. Seul les riches devraient acheter des bidules « cheaps » qui ne fonctionneront plus dans six mois … Joyeux Noel à tous!

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