La panne

La panne sèche.  Complète. Un panne de serveur informatique pour le blogue?  Non.  Une mise à jour du «firmware» aurait affecté mon appareil photo?Non.  L’appareil photo gît dans un coin.  Le clavier d’ordinateur également.  Ni un, ni l’autre ne sont en panne.  Aucun pépin ne les affecte.  La panne affecte plutôt leur propriétaire, l’auteur de ses lignes, l’auteur de la photo ci-contre.  Une panne? Peut-on, comme être humain, connaître une panne?  À l’instar de plusieurs citoyens de mon quartier, victimes de conduites d’eau gelées, aurais-je été victime d’une créativité prisonnière du grand froid?  Me serais-je réfugié dans un exil?  

Bonne semaine à vous tous et merci encore une fois pour vos visites régulières.  Voilà plus d’un mois que j’ai signé mon dernier article sur ce blogue et malgré tout, pas une journée ne passe sans que ce dernier ne fasse l’objet de 200 lectures et plus de ses articles.  Avant l’été, j’atteindrai probablement 200 000 visites sur ce blogue depuis sa création.  C’est vraiment inespéré.  Merci à vous tous. 🙂

Aujourd’hui mon propos sera moins photographique qu’à l’habitude.  Ou peut-être le sera-t-il plus que jamais.  Dans l’acte photographique, il y a aussi – et surtout – la condition humaine.  Les photos que nous prenons – lorsqu’elles sont un acte de création ou de documentation – reflètent ce que nous sommes à ce moment-là, la vision que nous avons au moment précis, les émotions que nous ressentons à l’instant où nous appuyons sur le déclencheur.  Pour un même sujet, mais à des moments distincts, nous cadrerons différemment, nous inclurons ou non certains éléments, nous attendons ou non l’expression d’une émotion, etc.  Le fameux «moment présent» pour peu qu’on soit sensible à ce dernier vient définir notre oeil, notre vision, notre sensibilité.

L’emprise du «Gremlin»

Avez-vous déjà entendu parler de la petite voix intérieure qui nous habite?  Pire, exerce-t-elle une certaine emprise sur vous?  Cette petite voix intérieure représente un défi pour moi.  Elle m’a déjà beaucoup habité, maintenant moins.  En fait, je croyais que je l’avais mâté mais…j’étais prévenu: on ne parvient jamais vraiment à la mâter.  Mais on peut lui faire contrepoids.  On peut surtout aussi, l’ignorer.

Quelle est cette petite voix intérieure?  L’auteur Richard D. Carson  l’appelle «notre gremlin».  Je me souviens du film datant du 1984 (!) où les sympathiques gremlins prononçaient de belles paroles douces.  On s’amusait avec eux,  Puis, tout à coup, ces gentils petits toutous se transformaient en tyrans.  Insidieusement, les paroles de notre gremlin sont d’abord sympathiques, réconfortantes.   Puis elles se transforment et commencent à miner notre estime de soi, notre confiance, nous font croire que certaines facettes existent en nous.  Mon gremlin au cours du dernier mois me chuchotait à l’oreille:

  • Pourquoi irais-tu faire des photos?  As-tu quelque chose à dire que tu n’as pas déjà dit?  Tes photos sont ordinaires non?
  • Quel intérêt suscite tes photos? Certainement pas dans les médias sociaux.
  • Des photos comme celles dans ta série «Spirits» ne retiendront l’attention de personne.  Trop songé.
  • Tu as écrit 182 articles dans ton blogue.  Que te reste-il à écrire?
  • Y’a certaines techniques de traitement photos que tu ne maîtrises pas suffisamment.  Regarde les prouesses des autres.
  • Tu vieillis.  Ai-je besoin d’en dire davantage?

J’avoue que ces paroles «intérieures» m’ont affecté.  Le dernier élément soulevé par mon gremlin n’est pas celui que je veux le plus entendre.  Ces paroles intérieures m’ont entré dans le corps…et l’esprit.  L’envie de prendre mon appareil s’est donc dissipé de plus en plus.  Les excuses d’ailleurs étaient tellement faciles cet hiver: trop froid, lumière ingrate, manque de temps, manque d’inspiration, manque…manque…  Lorsqu’on donne prise aux paroles de «notre gremlin», les excuses viennent facilement puisque ce dernier offre à la fois la résistance et l’excuse pour justifier notre abandon.

La panne…et la peur

La panne créative et d’estime de soi devient donc probable.  J’allais écrire inévitable mais le reste de mon propos va justement chercher à voir comment on peut éviter cette panne. Qu’est-ce que je peux faire pour remonter la pente?  Retrouver l’inspiration?

Je suis content d’avoir pu cheminer au cours des dernières années et d’avoir pu – grâce à des personnes-clefs et des lectures proposées – acquérir des mécanismes, des réflexions pour tenter de mieux contrôler, voire désamorcer ce gremlin.

Comment y parvenir?  Tout d’abord, en étant en mesure de prendre conscience de ce qui se passe.  De reconnaître la panne.  De reconnaître notre mal-être.  De reconnaître que notre condition humaine n’est pas celle que nous souhaitons vivre.  À ce stade-ci, il ne faut nier, ni trouver de belles excuses.  «Ah, si je me compare à d’autres qui souffrent, je vais pas si mal.»  Ici, on ne parle des autres mais de soi.  Il faut pleinement être dans le moment présent avec tout ce que nous ressentons.

Puis, derrière toute panne, il y a une peur.  C’est cette peur qui nous amène à ralentir la cadence.  Qui donne prise à notre gremlin pour nous susurrer des mots qui ne nommeront jamais la source de notre peur mais les moyens pour éviter de poser des gestes et faire des actions.  On pourrait nier avoir cette peur.  On pourrait nier l’existence de celle-ci.  Plus on nie, plus on donne prise à celle-ci.  Curieusement, en niant que quelque chose existe alors qu’elle existe vraiment, plus on lui donne de la vigueur.  «Ce qui résiste, existe.» J’ai identifié ma peur.  Je la connais.  Je la reconnais.  Et de ce fait, j’ai alors le pouvoir alors de la désamorcer.

L’enfer, c’est les autres?  Non, habituellement, c’est soi.

«Sur l’écran noir de mes nuits blanches, je me fais du cinéma» chantait Nougaro.   On pourrait dire que sur notre écran intérieur, on se fait aussi notre cinéma et on se met en scène. Et souvent, on se donne le beau rôle.  Et lorsque la vie fait en sorte que notre beau rôle est perturbé, qu’il n’est pas à la hauteur de nos attentes, on va blâmer les autres, la situation, le patron, son compagnon ou sa compagne de vie, bref, le problème est ailleurs, la solution aussi.    L’enfer, c’est les autres, se dit-on.

Et pourtant, comme on peut voir, c’est plutôt vers soi qu’on devrait se tourner.  C’est plutôt à l’intérieur de soi qu’on doit trouver nos solutions.  Si nous croyons que nous éprouvons des difficultés en raison des autres, nous laissons alors le pouvoir aux autres sur notre vie.  Nous laissons aux autres la possibilité de déterminer si nous sommes en paix ou non avec notre vie, avec nos émotions, avec notre vision.  En assumant notre propre responsabilité à l’égard de notre situation, de nos choix, de nos actions/inactions, de notre appréciation de soi, nous conservons le pouvoir sur nous-mêmes.  Nous sommes en mesure d’assumer ce pouvoir pour reprendre notre vie en main et justement faire un contrepoids nécessaire à «notre gremlin».

Hier, j’ai décidé reprendre le collier.  Je me suis dit que tout n’avait pas encore été dit.  Que mon appareil photo pouvait encore raconter des histoires. Que des émotions pouvaient encore être ressenties par le biais de mes photos.  Que je pouvais encore déraper et aller dans les zones floues.  Que mon oeil photo pouvait encore opérer pour identifier des lieux et anticiper des situations.  Et j’ai aussi choisi et trouvé le courage de partager mes réflexions avec vous dans cet article.

Ici au Québec, l’hiver aura été froid et pénible.  Le printemps arrive à nos portes mais sera long et frisquet selon les météorologues.  Même si j’évoque des réalités climatiques, vous comprendrez qu’il est davantage question de mes «saisons intérieures».  «Om shanti». Trouver la paix intérieure est un processus que je dois refaire constamment.  Surtout après un trop long hiver et un «gremlin» tenace.

Merci de votre compréhension et d’être à notre rendez-vous.  N’hésitez pas à commenter. Et vous avez des suggestions pour de prochains articles, n’hésitez pas. 

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3 commentaires pour La panne

  1. petitgrand dit :

    D’accord avec toi, moi aussi je suis en panne (manque de créativité), une foule de prétexte alimente cette panne. Il faut se donner un coup de pied….

    • Merci Yves pour commentaire. La première portion du coup de pied à se donner, c’est effectivement de reconnaître l’existence de la panne. On a ensuite le choix et la possibilité de se mettre en branle.

  2. Christian B. dit :

    Many people go fishing all their lives without knowing it is not fish they are after.
    – Thoreau

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