Voir, imaginer, patienter…

Derrière la Gare Saint-Lazarre

Henri Cartier-Bresson

Plus vous vous intéresserez à la photo, plus vous lirez ou entendrez l’expression « instant décisif » – une expression qui veut dire qu’un photographe réussit à photographier une situation où tout tombe en place, tout est bien placé, tout semble magique. L’expression a été inventée par Henri Cartier-Bresson dont les photos sont sublimes.  D’ailleurs, il écrivait: “Je marchais toute la journée l’esprit tendu, cherchant dans les rues à prendre sur le vif des photos comme des flagrants délits.”

S’il nous arrive d’avoir des moments où nous sommes privilégiés comme photographe, où tout tombe en place, on réalise peu à peu que cette chance doit se travailler.  Plus nous progressons dans le domaine de la photo, plus nous réalisons que le déclenchement de l’appareil ne prend que quelques secondes mais encore faut-il être au bon endroit, avoir bien cadré.  Plus souvent qu’autrement, il faut savoir ce qu’on veut photographier, il faut avoir imaginé la photo à prendre, la voir dans son esprit.  Au-delà de la technique qui nous permet de saisir une photo,  la patience fait également partie de l’équation.  Pour réussir une photo, il faut la voir, l’imaginer et souvent patienter.

Voir

Photo "raffinée" (sic!)

Difficile à croire mais voilà trois ans maintenant que j’ai la photo de droite à l’esprit.  Chaque matin, mon trajet en automobile m’amène à passer à proximité des raffineries.  Même si je suis sensible à leur impact sur notre fragile environnement, combien de fois ai-je été charmé par la beauté des infrastructures illuminées particulièrement à la tombante ou au lever du jour.  Pourtant, j’ai tenté à quelques reprises de trouver un point de vue intéressant sur les installations montréalaises mais sans succès.  La proximité de l’autoroute métropolitaine, les clôtures, certains édifices, tous ces éléments m’empêchaient de bien capter un ensemble ou des détails des infrastructures.  Les raffineries à Saint-Romuald par contre sont plus faciles à photographier.  Comment le savais-je?  J’avais fait mes devoirs et mon repérage.    J’avais au préalable exploré les lieux à proximité, identifié l’endroit où garer la voiture, installer le trépied.  Encore fallait-il être au bon endroit à la bonne heure (20 à 45 minutes après le coucher du soleil) pour avoir cette belle lumière pour une photo de nuit.  Plusieurs fois ai-je noté l’heure du coucher de soleil alors que je roulais vers Québec pour calculer le moment qui conviendrait le mieux pour prendre la photo.  J’ai finalement réussi à avoir il y a deux semaines la photo que j’avais à l’esprit depuis trois ans.  L’instant n’est pas décisif certes mais la préparation pour mener à ce moment a été importante.

Imaginer

C'est fini......

Photo: Louis Lavoie Photo

Dans le cas de la photo de gauche, je souhaitais faire cette photo d’une planchiste passionnée un rien mélancolique à la fin d’une journée de planche à voile.  Voilà exactement ce que j’avais à l’esprit au moment de préparer le shooting.   Dans mes bagages, j’ai donc prévu les flashs et l’équipement en conséquence.  Me restait donc à identifier le moment et recruter deux braves et patients collaborateurs pour tenir les flashs vers le sujet.  On retire beaucoup de satisfaction lorsqu’on parvient à tirer exactement la photo qu’on avait à l’esprit – même si parfois il faut s’adapter aux circonstances.

Lorsque le temps sera venu, je vous expliquerai la technique empruntée pour cette photo.  Chanceux d’avoir eu un si beau coucher de soleil?  Oui, surtout que c’est le photographe qui a provoqué le coucher de soleil.  Vous serez peut-être surpris d’apprendre que mon shooting a eu lieu vers 14 h!  Comme quoi avec des flashs, des filtres et la technique appropriée, on peut simuler un magnifique coucher de soleil en plein après-midi.  Un maître du flash comme Joe McNally nous l’enseigne grâce à son livre « Hot shoe diaries« .  Son livre « The Moment it clicks » est également un must pour ses « instants décisifs » et ses « instants préparés ».

Patienter

Silhouettes

Photo: Louis Lavoie Photo

Vous pouvez très bien avoir cadré un emplacement, avoir un bel éclairage, bien fait le focus.  Tout est prêt.  Vous vous dites que vous avez votre photo. Mais vous savez qu’il vous manque un élément.  Peut-être un passant qui viendrait donner un aspect vivant à votre photo ou un animal pour un aspect insolite .  Ça pourrait être des nuages qui viendraient donner de la personnalité à votre ciel dans votre photo paysage.

Si avant d’appuyer le déclencheur vous vous dites qu’il serait intéressant d’avoir tel ou tel élément dans votre photo, alors patienter.  Prenez une photo pour vérifier votre exposition mais soyez prêt à patienter par la suite.  Attendre.  Être attentif, alerte.  Dans la photo de droite, il était évident que le passage de l’escalier sans une présence ne représentait qu’un élément graphique ou esthétique, sans plus, sans personnalité.  Il m’a fallu attendre pendant plusieurs minutes et faire quelques clichés avant de capter les deux silhouettes avec des enjambées bien prononcées.

Grosvenor's Arch II

Photo: Louis Lavoie Photo

Dans le cas de la photo de gauche,  j’ai fait ma chance en me rendant sur le site tôt le matin pour éviter l’éclairage trop dru du soleil en plein milieu de la journée.  Les systèmes météo étaient assez agités – signe que de belles occasions photo se présenteraient et donneraient un ciel intéressant.  Grosvenor’s Arch est une arche double à voir et découvrir localisée dans le Grand Staircase Escalante National Monument dans le Utah.  Même si  j’avais cadré ma photo en privilégiant le côté majestueux des arches, j’ai patienté et attendu le passage de groupes de nuages pour prendre mes photos et donner de la personnalité au ciel dans l’arrière-plan.  J’ai fait deux ou trois cadrages des arches seulement pendant une heure et demie de shooting.  C’est peu mais pour chaque cadre, j’attendais le moment opportun, soit le passage de nuages.

Conclusion

On peut prendre des photos à la volée.  C’est possible, surtout en numérique où prendre beaucoup de photos ne coûte rien.  Toutefois, plus vous progresserez dans votre démarche photo, plus vous constaterez que votre regard va s’affiner. Vous ne prendrez plus le premier cliché venu mais vous prendrez le temps d’explorer une situation sous plusieurs angles.  Vous essayerez différentes perspectives.  Vous prendrez du recul ou mieux encore, vous vous rapprocherez de votre sujet. Vous prendrez votre photo et oserez faire du traitement couleur ou noir et blanc pour voir lequel traduit le mieux les émotions et les sensations que vous voulez nous faire connaître.

La qualité primera sur la quantité – surtout lorsqu’on sait le nombre de photos sans vie dans notre ordinateur qui prennent des milliers d’octets pour rien.  Viendra un moment où un déclic se fera dans votre regard et où vous commencerez à imaginer et voir des photos à prendre.  Commencera alors un défi formidable qui sera de réaliser les photos que vous avez à l’esprit.

Merci de me lire.  Enrichissez mon propos avec vos commentaires.  Avec vos mots, ce blogue n’en deviendra que plus riche.
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