Prendre la parole en photos

@Louis Lavoie photo

Peut-on encore se taire? Dans l’état actuel des choses, notre appareil photo peut-il encore être inactif?  Silencieux?  Pire, nos photos qui parlent, révèlent, illustrent, hurlent doivent-elles rester consignées dans nos ordinateurs, sans vie, sans lecteur, sans auditoire? Votre appareil photo pourrait devenir votre façon de prendre la parole et de vous faire entendre.  Notre monde a terriblement de voix inspirées.  Et si c’était la vôtre?

Merci d’être encore une fois à ce rendez-vous.  Merci pour votre présence.  Elle est précieuse et essentielle.

Le sujet d’aujourd’hui s’est imposé à mon esprit.  En fait, je connais le même élan à chaque année à cette période-ci.  Pourquoi?  Parce que l’automne – et l’hiver donc – approchent à grands pas?  Parce que je redoute et déplore l’hibernation des appareils photo?  Non… et oui.  C’est le temps de l’année où à Montréal nous avons la chance d’accueillir l’exposition de photojournalisme World Press Photo – version 2016 – et qu’à chaque fois, au sortir de cette exposition, j’éprouve un sentiment d’urgence.

©Warren Richardson. A baby is handed through a hole in a razor wire barrier, to a Syrian refugee who has already managed to cross the border from Serbia into Hungary, near Röszke.

Urgence de dire.  Urgence de raconter.  Urgence d’illustrer.  Urgence de faire ma part pour que le monde – dans son état actuel – puisse se porter mieux.

© Corentin Fohlen/ pour Stern et Paris Match/ Divergence. Paris, France. 11 janvier 2015. Manifestation à Paris contre le terrorisme et en soutien aux victimes de l’attaque contre le journal Charlie Hebdo et l’epicerie casher.

© Corentin Fohlen/ pour Stern et Paris Match/ Divergence. Paris, France. 11 janvier 2015. Manifestation à Paris contre le terrorisme et en soutien aux victimes de l’attaque contre le journal Charlie Hebdo et l’epicerie casher.

Évidemment, on peut légitimement se poser la question: «Comment?».  On ne se voit pas nécessairement devenir photojournaliste.  On aimerait peut-être avoir la chance de couvrir des conflits mais à chacun son métier. On aimerait peut-être être à certains endroits et vivre l’action mais sans nécessairement les risques qui y sont associés.  C’est compréhensible.

Mais, pour raconter des histoires, pour capter des situations, pour décrier des injustices, ou pour faire des photos «hors de l’ordinaire», doit-on impérativement être aux abords de champs de bataille, au milieu de crises humanitaires ou encore de catastrophes naturelles?

Ceux et celles qui sont lecteurs du blogue depuis quelques années savent qu’à maintes reprises, j’ai insisté sur le fait qu’on peut raconter de très bonnes histoires et faire de bonnes photos à proximité de chez soi.  Le potentiel est là.  Vous connaissez bien votre environnement.  Vous connaissez bien l’histoire qui est à raconter ou vous êtes en mesure de vous renseigner sur le sujet.  Prenez une photo sur votre sujet.  Faites une série de cinq, dix ou plus s’il le faut pour illustrer votre propos.  Joignez-y un commentaire s’il le faut pour que votre propos soit bien saisi.  Faites connaître.  Sortez vos photos de votre ordinateur pour qu’elles prennent vie et racontent un propos susceptibles d’émouvoir, de sensibiliser, de faire connaître.  Besoin d’inspiration?  Peut-être relire mon article «Quel est votre regard sur notre monde?»

Un élément qui me saute toujours aux yeux (c’est le cas!) lorsque je visite l’exposition World Press Photo est le fait que je n’ai pas le sentiment qu’on s’interroge vraiment pas sur des questions d’équipement, d’objectifs, d’exposition, etc. lorsqu’on visite l’exposition. J’entends rarement – sinon jamais – des observations dans ce sens entre les visiteurs.  On laisse toutes ces considérations techniques à l’entrée puisque ici, le propos règne en roi. Certaines photos sont même floues – non pas pour des raisons esthétiques – mais parce qu’il en a été ainsi dans le vif de l’action.  Et ça ne dérange même pas.  Ici, le piqué et son diktat ont pris le 2e rang derrière l’histoire et le récit.  Et c’est leur juste place.

L’exposition du World Press Photo 2016 se tient à Montréal au Marché Bonsecours jusqu’au 2 octobre.  Courrez-y.

Le propos de deux grands sages

Il devient impératif lorsqu’on a le privilège de pouvoir écouter, voir et prendre connaissance de propos d’une grande sagesse et richesse sur l’état de notre monde.  Y’a de ces voix qui portent et font écho dans nos consciences – et nous pousse à vouloir agir et prendre la parole.

La veille de ma visite au World Press Photo, j’ai eu le bonheur de visionner une vidéo extraordinaire d’une vingtaine de minutes au Jardin botanique de Montréal.  Nul besoin pour vous toutefois de vous y déplacer pour la visionner puisqu’elle peut être visionnée ici sur Viméo.

Intitulée «Reeves Suzuki & Nous», cette vidéo réunit Hubert Reeves, astrophysicien québécois réputé de même que David Suzuki, généticien, communicateur scientifique et environnementaliste.  Deux grands esprits, deux grands communicateurs qui savent si facilement et si simplement nous mettre devant notre grande bêtise humaine et notre mépris à l’égard de la biosphère tout en nous incitant à poser des gestes qui sont à notre portée pour tenter de préserver celle-ci.

Dans leur propos, Suzuki et Reeves nous servent des constats implacables qui peuvent nous glacer.  «Aussi longtemps qu’on cherchera à dominer la nature, nous serons menacés» nous rappelle Hubert Reeves.  Suzuki déclare aux jeunes qui lui demandent comment devenir un environnementaliste et sauver la planète: «Ne vous préoccupez pas de la planète.  Celle-ci va bien et continuera de bien se porter, qu’il y est des humains ou non.»  Autrement dit, qu’il fasse +100C ou encore -100C, la planète existera toujours mais les écosystèmes qui sont nécessaires à l’existence des vies animale, végétale et humaine telles que nous les connaissons auront manifestement disparu – ou se seront sérieusement dégradées.  Il faut entendre comment ces deux grands-pères expriment leur inquiétude et leur motivation profonde gouvernée par leurs pensées pour leurs petits-enfants et le monde que ces derniers connaîtront – ou connaîtront moins.  C’est émouvant et effrayant à la fois.

Encore ici, notre appareil photo peut jouer un rôle d’importance.  Votre voix peut se faire entendre.  Vos photos peuvent faire connaître des enjeux environnementaux là où nous pouvons être aveugles. Des projets commerciaux ou industriels peuvent menacer encore davantage la fragilité de votre milieu.  Des photos peuvent aider et révéler des connaissances, des faits ou encore tout simplement «la beauté du monde» comme vous la voyez.

Dans d’autres cas, il y a peut-être des phénomènes ou des situations sociales qui méritent d’être révélées.  Il y a certainement des méconnaissances de situations dans d’autres pays qui méritent notre attention et notre aide si la chose est possible.  Il y a certainement une urgence d’agir qui devrait nous habiter comme je le signais dans un article, remettre à demain n’est plus une option.

Avez-vous des idées de projets photo à proposer aux lecteurs?  Avez-vous poursuivi un projet photo pour raconter une situation, un phénomène?    N’hésitez pas à commenter, à partager, à témoigner.  Vos mots sont très importants et merci encore une fois pour votre présence.  Elle est essentielle.  

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Un commentaire pour Prendre la parole en photos

  1. Benoît dit :

    A reblogué ceci sur Benboc's Bloget a ajouté:
    Oui, j’utilise mes photos pour témoigner!

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