Faire des photos pour soi

Le retour allait passer par mon appareil photo. Il fallait que je remette mes pendules intérieures à l’heure du moment présent.  Cela devait passer par la photo. Prendre des photos, c’est accepter « d’être là », d’être ouvert à la réalité d’ici qui est maintenant la mienne. Alors que je me remets peu à peu d’un retour suite à mon expérience congolaise de quelques mois, regard sur une session photo intime, personnelle, chargée de symboles, où j’ai renoué avec mes points de repère.

Merci d’être à ce rendez-vous.  Merci pour votre présence.  Je me demandais bien comment j’allais renouer avec mon blogue après quelques semaines de silence.  Voilà que le tout s’impose et s’invite tout simplement.

Pour vous faire une rapide mise en contexte, plusieurs se souviendront que j’ai choisi de réaliser un mandat à titre de communicateur/photographe humanitaire en République démocratique du Congo.  Mon blogue à titre de coopérant volontaire aura permis à certains de suivre l’aventure, les réflexions, les observations.

Plusieurs parmi vous connaissez peut-être des gens, des proches qui ont vécu l’expérience de coopération internationale, soit le travail (ou encore le voyage) à l’étranger pendant une période de temps prolongée.  Pour plusieurs, le retour s’avère difficile, costaud.  J’en suis. Il n’est pas aussi facile qu’il ne le semble de renouer avec notre milieu de vie habituel après une période à l’étranger – période pendant laquelle on doit apprivoiser un nouveau milieu de vie, les relations interpersonnelles, les relations de travail, subvenir à nos besoins, etc. Généralement, une telle expérience bouleverse nos points de repère, nous en fait découvrir de nouveaux.  On revient avec le sentiment qu’on est différent alors que notre milieu de vie habituel semble être resté le même.  Toutefois, lui-même a probablement évolué même si nous ne le réalisons pas d’entrée de jeu.  On se sent donc instable, en déséquilibre, une jambe d’un côté de l’océan et l’autre…parfois…ici.

Pour ma part, je suis revenu avec un nouveau bagage dont je ne soupçonnais même pas l’existence ou la probabilité en quittant pour relever le défi de coopérant.  Je suis revenu avec d’immenses joies, de nouvelles amitiés, l’expérience de vivre et connaître la chaleur humaine congolaise, la découverte d’un pays aux milliers de potentiel.  Je suis aussi revenu avec des ailes largement déployées, ce qui m’a fait un bien immense.  Sur le choc du retour toutefois, je lisais au cours des derniers qu’autant intense aura été notre séjour à l’étranger, autant difficile sera notre retour.  Faisant rarement dans les demi-mesures, voilà donc que je suis bien servi.

La photo de soi, pour soi

Comment faire en sorte que notre jambe d’ici devienne plus solide?  Qu’on redevienne plus ancré dans notre milieu de vie d’aujourd’hui?  Je suis à lire et prendre connaissance de conseils et exercices pour nous aider.  Mais j’en connais un qui m’habite depuis des années et qui est rendu naturel: faire de la photo.  Faire des photos non pas pour des contrats, des formations mais des photos personnelles, inspirées par mes émotions, mon intérieur.  Des photos aussi pour renouer avec le moment présent, le moment d’ici, non pas celui avec six heures de décalage sur le continent africain.  Hier, c’était impératif: il fallait que je sorte pour aller faire de la photo, ici et maintenant.

Ne devrions-nous pas être toujours à l’écoute de nos émotions, de notre intérieur et de notre créativité au moment de capter des photos pour qu’elles soient les plus subjectives, les plus personnelles, les plus représentatives de notre personne?  Absolument.  En marge des éléments techniques, en marge des courants de pensée, artistiques,  et autres, notre regard doit primer. Et lors de ma sortie, je n’avais qu’un sujet à l’esprit en lien avec ma zone de turbulences et ma démarche intérieures: les arbres et les ombres.  Je ne voyais rien d’autre. La lumière était parfaite pour créer des ombres sévères, prononcées.  La forme des arbres se détachait bien au sol.  Puis, la thématique des arbres collait très bien à ma recherche de m’ancrer au sol, de me « grounder » comme on dit chez nous, de retrouver des racines d’ici.  Avec un tel sujet, je pouvais donc m’éclater sur deux plans: le plaisir de faire de la photo en jouant avec les formes de même qu’avec les ombres.

Renouer, puis… décoller

Lors de ma sortie, j’ai commencé par des photos plus classiques, la silhouette de l’arbre toujours en appui avec mon cadrage inférieur.  C’était nécessaire puisque je voulais exprimer l’enracinement.  Puis, assez rapidement, le Louis Lavoie photo que vous connaissez a retrouvé ses points de repère, a décidé de quitter « les classiques » et a renoué avec le monde de l’abstraction.




Les photos ci-haut ne surprendront pas ceux et celles qui ont suivi ma démarche des dernières années. Je vous ai souvent encouragé à oser le flou, oser … puis oser encore plus, faire de l’horsdinaire de l’ordinaire.  L’abstraction me fait de l’oeil depuis quelques années et il me semblait pertinent hier de concilier la turbulence des émotions, le mouvement, et les arbres.  Ces derniers, leurs ombres, semblent très stables alors que tout autour d’eux semblent s’agiter. La lecture des articles ci-haut vous permettra de prendre connaissance des éléments techniques pour obtenir une durée d’exposition nécessaire à la captation et à la réalisation de photos similaires.

Je ne vous cacherai pas que la publication dans les médias sociaux d’articles ou de photos osant l’abstraction me méritent généralement quelques commentaires où on me reproche le flou (!) et me suggère « de faire quelque chose » pour corriger mes défauts. Voilà qui me fait gentiment rigoler.  Qu’on se rassure: le fait que j’ai privilégié un traitement en noir et blanc ne signifie pas que je ne vois pas la vie en couleurs 🙂   Celles-ci, en ce début timide de printemps chez nous, sont peu présentes, voilà tout.

En définitive, la photo n’est-elle pas un merveilleux canal de communication, dans un premier temps avec son intérieur, puis ensuite dans l’expression de celui-ci auprès des autres? Ce l’est certainement pour moi.  Nos photos ne sont pas des « objets » distants, des satellites de notre personne.  Elles peuvent être la représentation de nos joies, de nos turbulences, de nos beaux moments, de notre imaginaire, de notre intérieur.  Plus elles seront propres à nous, à notre référentiel, à nos valeurs et à notre créativité, plus elles seront significatives pour nous, pour soi…et pour les autres.

N’hésitez pas à commenter.  Vos mots sont importants. Merci à nouveau pour votre présence.  Elle est essentielle.  

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8 commentaires pour Faire des photos pour soi

  1. Anne Jutras dit :

    Bonjour Louis,
    Sortir des sentiers battus ça déstabilise, mais nous ramène à nous, à l’essentiel de la vie.
    Ce voyage en Afrique est une expérience incroyable, quelque chose qui restera marqué à jamais dans ton cœur. Merci pour ce beau partage!

  2. Fourcde dit :

    Bonjour, je découvre votre site, par hasard. Comme le hasard fait bien les choses, puisque qu’en fait de hasard, il n’y en a guère. J’ai lu deux articles, tous les deux emplis d’humilité. De la passion, on la sent dans vos propos et surtout de l’amour des autres. Il faut de l’empathie pour faire de bonnes photos. Bravo, continuez. Je reviendrai. Mon site http://www.philippefourcade.com

  3. Schneider dit :

    Bonjour, je ne suis pas photographe mais j’ai suivi avec grand intérêt vos articles sur votre mlssion et vos rencontres au Congo. Je voudrais juste vous remercier de nous avoir fait partager votre expérience, vos photos et vous souhaiter de retrouver une forme d’équilibre dans votre pays jusqu’à la prochaine mission qui vous animera. Merci. Anne

  4. Solveig dit :

    Tres bon article mon cher collegue coopérant!!! Jaime ta facon damener la situaiton du retour qui nest pas tjs facile… je te comprends vraiment… vraiment tu as aussi totalement raison renouer avec un loisir et surtout lorsque le loisir est créatif ça l’évacue « le méchant » et toutes les émotions qui nous semblent prises a l’intérieur de nous…. Tu as une trèes belle sensibilité et surtout tu dois garder ça! Quelle belle qualité!!! Et tes photos… j’ai rien a dire… moi j’adore le noire et blanc… les ombrage et le flou… Pour moi cela est une forme d’Arts. A bientot je l’espere!!! Solveig une des yovo du Bénin XXXX

  5. ninette95 dit :

    Surtout n’arrêtez pas le flou ni l’abstraction, cela vous va si bien même si je ne vous connais pas…je sens le mystère, l’intériorité, tout ce que j’aime en photo…l’imagination au delà de la technique
    J’aime beaucoup votre phrase: faire de l’horsdinaire de l’ordinaire…c’est valable pour tout le reste de la vie !
    Bonne continuation

  6. vert mango dit :

    Comme je comprends… j’ai encore un pied en Afrique, depuis juillet 2013…. Merci de ce partage et bonne arrivée !

  7. Liliane LUGOL dit :

    Bonjour Louis,
    Je vois que tu es rentré heureux mais un peu éblanlé de ton voyage au Congo.Je n’ai pas vécu ce genre d’expérience mais je crois comprendre.
    En tout cas, merci pour ce beau texte de retour d’Afrique et pour tes magnifiques photos d’arbre.
    Bien amicalement,
    Liliane
    PS : j’aimerais bien faire un formation avec toi , mais le Québec est si loin. Je réfléchis

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